Quelques instants avant la finale, j’ai assisté à la conférence de presse donnée par Roger Brennwald, président des Davidoff Swiss Indoors et directeur du tournoi du même nom. C’est la première fois que j’assiste à une conférence de presse d’un directeur de tournoi et je n’ai pas été déçu, c’était extrêmement intéressant. Je ne me souviens pas avoir jamais lu de compte rendu dans la presse d’une pareille intervention, c’est pourquoi je me réjouis de pouvoir vous raconter celle-ci.
Prix d’excellence
Roger Brennwald a commencé par souligner, non sans une certaine émotion, que l’édition 2006 de son tournoi était tout à fait spéciale; il a parlé de la fin d’un cycle de sept ans.
Tout d’abord, le tournoi de Bâle est aujourd’hui récompensé par l’ATP, pour la troisième fois de son histoire. En 2000, les Swiss Indoors avaient obtenu un prix pour l’excellence du marketing; en 2003, c’était le sponsoring, les installations et l’accueil du public qui étaient récompensés. Cette année, les Swiss Indoors sont distingués de l’ATP Award of Excellence 2005 (prix d’excellence 2005 de l’ATP) pour leur Outstanding Tournament Operations (prix de la meilleure organisation).
Brennwald a souligné qu’il devait ce prix au travail d’équipe fourni par les plus de 900 collaborateurs du tournoi. Il a reconnu que c’était ce travail d’équipe qui lui donnait en fait la force et la motivation de continuer. Il veut tout mettre en oeuvre pour que son tournoi joue un rôle prépondérant sur la scène du tennis, lorsque le circuit sera restructuré en 2009. Aujourd’hui, le tournoi de Bâle est le troisième plus grand tournoi indoor du monde.
Le défi d’un directeur
Brennwald a poursuivi en soulignant l’importance prépondérante que constitue l’identification et le recrutement des grandes vedettes du tennis de demain. Malgré ses 37 années d’expérience dans ce domaine, à la tête du tournoi, il a reconnu avoir failli à quelques reprises, notamment en passant à côté de Marcos Baghdatis, pourtant finaliste l’année dernière. Andy Murray et Novak Djokovic sont deux autres de ses regrets.
La fin d’un cycle
Roger Federer est clairement l’autre facteur qui fait de cette année une édition-charnière, la « fin d’un cycle de sept ans » selon Brennwald. Sept ans qu’il attend cette victoire de l’enfant prodigue dans sa ville, dans son tournoi.
« J’ai deux jobs dans ma vie. D’abord celui de directeur de tournoi évidemment. Mais ma vie a changé depuis la première victoire d’un certain Roger Federer à Wimbledon. Depuis ce jour, je suis approché dans le monde entier à propos de Roger Federer. Nous devons maintenant travailler aussi en fonction de ce joueur d’exception qui vient d’une autre planète.
Si Roger l’emporte aujourd’hui, le tournoi sera remporté cette année par un Bâlois qui est aussi le meilleur joueur du monde.
Je dis que c’est la fin d’un cycle parce que je repense à ce petit ramasseur de balle qui habitait à deux pas de chez moi et qui, quelques années plus tard, est devenu le maître du tennis mondial. Quand j’y pense, c’est complètement insensé!
Un jour j’ai demandé à Roger pourquoi il était si bon. Il m’a répondu simplement: je ne sais pas, j’ai battu une fois un top ten, il y a quelques années, et depuis je sais que je peux les battre, mais je ne sais pas comment.
Voyez-vous, le tournoi, Roger Federer, tout ceci c’est mon métier, c’est extraordinaire. »
L’engagement de la ville de Bâle, au travers de son logo apposé à même le court cette année, dans le concept, la marque « Swiss Indoors » représente également une nouvelle étape capitale. On devine derrière ces paroles que c’est le résultat et la récompense d’un travail acharné de Brennwald.
Spectateurs
Les Swiss Indoors font salle comble depuis quelques années maintenant. La halle St-Jacques et ses infrastructures ne permettent malheureusement pas d’accueillir plus de 9000 et quelques spectateurs. Avec Roger Federer, nous pourrions attirer 20’000 ou 30’000 spectateurs! La seule progression possible pour nous est d’augmenter la présence pendant les qualifications.
Brennwald a conclu en répétant qu’il était très heureux du succès du tournoi d’un côté, de l’autre qu’il restait conscient de l’énorme travail que cela exige. Il a remercié l’équipe exceptionnelle qui le soutient, les quelque 900 collaborateurs, les 106 sociétés partenaires, les sponsors, les médias (spécialement la télévision suisse et Eurosport), la presse écrite également parce que « suivre un tournoi en salle, enfermé huit jours d’affilée dans un bunker n’est pas toujours une activité des plus agréables ».
Questions/réponses avec Roger Brennwald
Qu’en est-il des joueurs qui ont renoncé à leur participation? C’est toujours regrettable en effet mais je prends en considération les énormes contraintes que subissent les joueurs, notamment sur le plan physique, ainsi que la pression des médias qui pèse sur eux. La vie d’un joueur professionnel n’est pas celle d’un citoyen normal. Je suis d’avis qu’il faut reconsidérer la Coupe Davis et trouver un système qui réduit les contraintes pour les joueurs. Par exemple, je suis opposé au « Round Robin » [ndlr le système de poules].
Quelles sont aujourd’hui vos considérations pour la prochaine édition? Par exemple, la prise en compte des nouvelles règles. L’année prochaine, nous devrons très certainement changer de surface afin de nous adapter à Madrid (green set). Peut-être devrons-nous changer les balles également.
A plus long terme, le nombre des Masters Series va certainement diminuer et une nouvelle catégorie de super-tournois va faire son apparition, juste en-dessous des Masters Series. Il est vital pour nous que les Swiss Indoors fassent partie de cette catégorie, faute de quoi il nous faudra jeter l’éponge.
On parle également du doublement des primes de tournoi pour l’avenir, un changement auquel nous devrons nous adapter.
La réfection complète de la halle devra également être envisagée.
Quel joueur souhaitez-vous absolument avoir l’année prochaine? Avoir Roger Federer est évidemment une priorité absolue pour le tournoi. [Un peu dégoûté] En revanche, avoir Nadal est utopique à mon sens. Avec lui, tout a capoté cette année; nous l’avons approché six ou sept fois pour le convaincre, et il avait finalement accepté. Tout ça pour recevoir à la dernière minute un fax d’annulation de deux ou trois lignes…
Que peut-on faire contre ces annulations de dernière minute? Les joueurs sont très mal organisés de façon générale; de plus, ils changent de coach et de manager tout le temps. Ca complique les choses.
Quelle est votre découverte cette année? Il n’y a pas vraiment de découverte cette année mais une véritable confirmation: Srichaphan. Ses réponses hier, en conférence de presse, à propos des balles litigieuses [ndlr "Tight matchs provoke tight calls"] ont démontré, une fois de plus, toute la classe de ce joueur. Son éthique et son attitude sont un modèle au contraire de certains autres joueurs qui critiquent constamment l’organisation ou la surface.
Cette année est-elle la meilleure année du point de vue financier? Cette année est probablement notre meilleure année, essentiellement parce que nous n’avons pas augmenté les prix des places alors que nous avons le même niveau de sponsoring qu’il y a cinq ans! Mais il faudra de toute façon changer quelque chose. Les coûts augmentent constamment mais nous ne faisons qu’économiser sur nos dépenses, sans enregistrer de revenus supplémentaires.
Les 900 employés (payés), la halle coûtent très cher. Les installations coûtent à elles seules quelque 2,5 millions de francs; nous avons énormément de frais.










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1 commentaire
La dure réalité pour les organisateurs de tournois pour attirer ou pour être sûr d’avoir certains joueurs est très difficile en fin d’année, la preuve aussi pour le Grand Prix de Lyon ou Roddick et Lubicic n’ont pas pu venir au dernier moment.
Un long chemin de croix en quelque sorte.