Les récentes déclarations quelque peu fatalistes d’Andy Murray ont provoqué de vives réactions parmi les joueurs pro eux-mêmes. Ainsi, Rafael Nadal a été le premier à contester les propos de son collègue.
« Il est allé trop loin. Je ne pense pas que de telles choses soient arrivées. Je suis n°2 mondial et participe à toutes les réunions. Je vois ce qui se passe sur le circuit tout comme lui et je ne suis pas assez stupide pour ne pas voir ce qui se passe. J’ai de gros doutes sur le fait que Murray en sache plus que n’importe qui d’autre. Je pense que tout le monde se donne à 100% et qu’il n’y a pas de matchs arrangés. » Rafael Nadal
Même son de cloche du côté d’Ivan Ljubicic, président du conseil des joueurs ATP: il est convaincu de l’honnêteté des joueurs.
« C’est dangereux de parler sans pouvoir apporter de preuve et je pense qu’Andy Murray parle plus de ce qu’il a entendu que de ce qu’il connaît. Nous entendons des rumeurs, et quand on les entend 75 fois, on finit par y réfléchir, mais je ne pense pas que ces choses arrivent au plus haut niveau du tennis.
Bien sûr, au niveau des tournois Challenger, si vous jouez pour 200 euros et que quelqu’un vient vous proposer 25’000 ou 30’000 euros pour perdre un match, vous vous retrouvez dans une position difficile. C’est pourquoi j’ai toujours dit que les organisateurs de paris ne devraient pas autoriser les paris sur ces matchs-là.
Ce n’est pas bien ce qu’Andy a fait. Si tu sais quelque chose, tu dois immédiatement aller voir l’ATP et non pas attendre dix mois pour raconter ce qui est arrivé par le passé. » Ivan Ljubicic
A propos de l’affaire Davydenko, Ljubicic a ajouté:
« Nous savons tous ce qui s’est passé avec Davydenko en Pologne. Ceci dit, j’ai parlé à son entraîneur et il m’a assuré que Davydenko avait réellement un problème et qu’il avait même reçu des soins avant le match. Par conséquent, on ne peut pas tirer de conclusions tant qu’il n’y a aucune preuve. » Ivan Ljubicic
Le principal intéressé, Nikolay Davydenko, n’y est pas allé par quatre chemins pour commenter l’intervention de Murray.
« Si Murray prétend qu’il est au courant, cela signifie qu’il parie lui-même. S’il peut décrire dans les détails comment cela se passe, cela veut dire qu’il s’y est intéressé de très près. Comme s’il pouvait tout savoir sans jamais avoir été impliqué. Il est fou d’avoir dit cela. » Nikolay Davydenko
On se réjouit de voir ces deux-là opposés sur le court!
Roger Federer pour sa part s’est dit surpris par cette polémique. Depuis dix ans qu’il évolue sur le circuit, le n°1 assure ne jamais avoir été approché ni même être au courant de telles pratiques avant que la polémique ne soit lancée. On n’est pas vraiment surpris puisque, de l’aveu même d’Etienne de Villiers, président de l’ATP, les enquêtes préliminaires démontrent qu’aucun membre du top 20, à l’exception de Davydenko, n’est concerné. Cependant, Roger Federer souhaite en avoir le coeur net.
« Avant de me prononcer sérieusement, je vais en parler avec Andy [les deux joueurs participent la semaine prochaine au Masters Series de Madrid]. Je parlerai également avec la fédération ainsi que tous les partis afin de pouvoir me faire une meilleure idée de ce qui se passe réellement. J’espère que ce qui se dit est faux. Je pense que j’en aurais entendu parler auparavant si c’était vrai. » Roger Federer
Murray a-t-il exagéré voire fabulé? A-t-il voulu attirer l’attention sur lui à défaut de gagner des matchs? Hier, dans une nouvelle interview accordée à la BBC, il a toutefois tenu à nuancer ses propos initiaux. Sur son site internet on peut désormais lire:
« Les commentaires que j’ai faits ont été sortis de leur contexte et je voudrais les clarifier. Quand je dis tout le monde sait que cela arrive, je veux dire que tout le monde a probablement entendu dire que trois ou quatre joueurs se sont fait offrir de l’argent pour perdre et qu’ils ont refusé. » Andy Murray
Quant aux instances dirigeantes du tennis (ITF, ATP et WTA), elles ont décidé hier, lors d’une réunion à Londres, de s’associer et de lancer une enquête indépendante en faisant appel à un organisme extérieur. Après les déclarations alarmistes de ces dernières semaines, les dirigeants tentent désormais de calmer le jeu.
« Bien que nous ne pensions pas qu’il y ait un problème de corruption dans notre sport, nous reconnaissons qu’il existe une menace à l’intégrité du tennis. [...] Il y a beaucoup de rumeurs mais peu ou pas de preuves. Les faits sont si tenus qu’ils ne suggèrent pas un problème énorme pour le circuit ATP. Dans la plupart des situations, les joueurs ont été approchés par des intermédiaires qui n’ont pas donné suite. »
Le dossier secret, évoqué il y a quelques jours et estampillé « Suspect Tennis Matches », porterait en fait sur 150 matchs professionnels remontant jusqu’à 2002.
A noter également que le règlement a été modifié afin d’éviter un nouvel « effet Murray ». Il ne laisse désormais que 48 heures aux joueurs pour prévenir l’ATP lorsqu’ils détectent un comportement suspect. Dans le cas contraire, ils risquent une suspension pouvant aller jusqu’au bannissement à vie.










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1 commentaire
On verra bien comment les choses vont évoluer mais il ne faut pas être naïf. Les matchs truqués existent bien , mais dans quelles proportions ?
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